Le vin de Romorantin est sous-estimé à côté du Cour-Cheverny des cartes locales

juin 27, 2026

Le Romorantin m’a piqué la langue dès la première gorgée, dans ma cuisine, avec une bouteille sortie du frigo à 4 °C. J’avais ouvert ce flacon acheté 19 euros dans une cave locale, à deux pas de mes repères habituels. Le premier verre m’a laissé une impression sèche, et je veux dire franchement pour qui ce blanc fonctionne, et pour qui il coince.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas glacé

Je suis amateur éclairé, pas sommelier, et je garde une vraie place pour les blancs de Loire sur ma table. Mon budget tourne autour de 19 euros la bouteille, et je la partage par moments avec des proches au dîner. J’aime les vins de gastronomie qui tiennent un fromage de chèvre affiné ou une volaille simple sans faire de bruit.

J’ai versé le Romorantin dès la sortie du frigo, sans attendre une minute. Le nez est devenu presque muet, la bouche a claqué sèche, et l’acidité a pris toute la place. J’ai senti une ligne raide, avec un grain fin mais fermé, comme si le vin gardait sa phrase en travers de la gorge.

Ce qui m’a coincé, c’est que j’attendais un blanc plus avenant. À côté d’un autre blanc de la même région plus direct, ce verre-là paraissait maigre, presque ascétique, et il disparaissait dès qu’un plat un peu puissant arrivait. J’ai compris que mon erreur venait moins du vin que du service.

Je me rappelle avoir pensé que ce Romorantin était juste un blanc raide, sans la moindre générosité, alors qu’il venait tout juste de sortir du frigo. Ce verdict-là était trop rapide, mais je le posais quand même. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Trois semaines plus tard, la surprise en changeant la température et le temps d’aération

Trois semaines plus tard, j’ai recommencé autrement. J’ai laissé la bouteille remonter à 12 °C, puis je l’ai ouverte une demi-heure avant le repas. J’avais enfin l’impression de traiter le vin comme un vin de table, pas comme une boisson qu’on sert glacée.

J’ai tourné le verre deux fois, puis j’ai repris le nez au bout de 20 minutes. Là, le volume a changé, avec de la pomme jaune, un soupçon de cire d’abeille, puis une poire mûre qui arrivait sans flatterie. J’ai même noté une petite réduction au départ, qui s’est ouverte en respirant.

Ce qui m’a vraiment surpris, c’est ce passage presque magique où le vin, après avoir respiré, s’est transformé en un blanc profond, presque cireux, qui tenait la table sans s’écraser. La bouche a gagné du gras, puis une finale saline a pris le relais. L’amertume fine du bout de langue donnait du relief, sans goût dur.

J’ai alors mieux compris le Romorantin. Il parle moins fort qu’un autre blanc de la région, mais il creuse plus loin quand je lui laisse de l’air. Le premier me séduit par son côté plus lisible, le second par sa retenue, puis par la profondeur qu’il lâche au verre.

Ce que j’aurais dû vérifier avant d’ouvrir la bouteille

Depuis, je vise 11 °C, parce que je trouve que le vin garde sa tension sans virer à la morsure. À 4 °C, le nez se ferme, et à 11 °C je retrouve la colonne d’acidité sans perdre la matière. J’ai fini par vérifier la même ligne chez le caviste, et ça collait à ce que j’avais constaté moi-même.

Je n’ouvre plus un Romorantin trop jeune en espérant un blanc rond. Sur un millésime frais, il peut paraître raide, presque anguleux, et je sens l’acidité passer devant tout le reste. Quand je le bois trop tôt, je perds la petite note de noisette qui arrive plus tard, après quelques années de cave.

Avec un fromage de chèvre affiné, le vin se pose autrement. J’ai aussi essayé avec une volaille simple, et la finale saline a fait le ménage dans l’assiette. Quand j’ai tenté un plat trop puissant, le Romorantin a disparu derrière la sauce, et j’ai rangé la bouteille.

À table avec des proches, je ne sors pas ce vin pour le plaisir de montrer une étiquette. Ils trouvent sa ligne trop droite, et je les comprends. Les soirs où je veux que tout le monde adhère, je repars sur un autre blanc plus lisible, et je garde le Romorantin pour un dîner plus calme.

Quand je décide de l’ouvrir sans me mentir

Je lui pardonne sa retenue quand je cherche un blanc de table sérieux. Sur un poisson au beurre blanc ou un chèvre bien affiné, je trouve qu’il apporte une précision que peu de blancs au même prix donnent. À 19 euros, je préfère cette nervure à un vin plus bavard qui s’éteint au milieu du repas.

En revanche, si je veux un blanc immédiat, je vais ailleurs. Le Romorantin demande de l’air, une main plus douce, et un peu de patience au verre. Si je le mets devant quelqu’un qui aime les blancs ronds dès l’ouverture, je sais d’avance que la bouteille va faire la tête.

  • Je me tourne vers un Cour-Cheverny quand je veux plus de rondeur.
  • Je prends un Sauvignon de Touraine quand je cherche un nez plus direct.
  • Je choisis un Chenin blanc plus mûr quand je veux plus de largeur.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Après plusieurs bouteilles ouvertes, je ne le classe plus dans les blancs faciles. Je le prends comme un vin de patience, avec 30 minutes de calme autour de lui quand la bouteille paraît fermée. Quand il a quelques années, la pomme verte glisse vers la pomme jaune, puis vers la cire d’abeille, avec par moments une touche d’amande fraîche.

Pour qui oui

Je le recommande à un duo qui dîne à la maison avec un poisson au beurre blanc et une bouteille à 19 euros. Je le recommande aussi à un amateur de Loire qui accepte une ouverture de 30 minutes et qui aime les blancs tendus. Je le conseille encore à quelqu’un qui garde 2 ou 3 bouteilles en cave et qui veut voir un vin prendre du relief.

Pour qui non

Je le déconseille à un groupe qui cherche un blanc consensuel dès l’ouverture. Je le déconseille aussi à quelqu’un qui achète un flacon sous 15 euros en voulant du charme immédiat. Je le range à l’écart des dîners où un plat très puissant ou une sauce lourde doit tout porter.

Mon verdict : je choisis le Romorantin quand je veux un blanc droit, salin et un peu secret, et je le laisse de côté quand je veux du plaisir immédiat. J’ai fini par faire confiance à la ligne de la Maison des Vins de Loire, mais seulement parce que j’ai cessé de le juger glacé. Pour quelqu’un qui accepte de l’ouvrir à 11 °C, de le laisser respirer 30 minutes et de le servir avec un chèvre affiné, c’est oui.

Célestine Laforge

Célestine Laforge publie sur le magazine Renardières des contenus consacrés à la gastronomie française, à l’hôtellerie de prestige et aux séjours inspirés par l’art de vivre à la française. Son approche repose sur la clarté, la qualité de sélection et une lecture structurée des lieux, des tables et des expériences présentés.

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